Les entreprises françaises face aux vagues de faillites qui s’annoncent

Par Richard Schittly, Alexandre Bollengier, Yan Gauchard, Luc Leroux, Laurie Moniez, Béatrice Madeline, Claire Mayer, Nathalie Stey et Jordan Pouille Publié le 22 mai 2020 à 06h34 – Mis à jour le 22 mai 2020 à 14h15

Des employés de l’usine Renault de Flins travaillent sur la chaîne de montage automobile, le 6 mai. GONZALO FUENTES / REUTERS

Soutenues par les dispositifs d’aides, elles résistent en espérant la reprise. Mais toutes n’y parviendront pas, et les craintes pour l’emploi sont fortes.

La vague n’est pas encore là, mais l’onde de choc provoquée par la crise du Covid-19 commence à se faire durement ressentir sur le tissu industriel hexagonal. Le report des charges sociales, les prêts garantis par l’Etat et le chômage partiel ont permis de traverser les semaines de confinement sans trop de casse sociale. Mais à l’heure des comptes, les chiffres donneront le tournis. Les huit semaines de confinement ont coûté 120 milliards d’euros à l’économie française, d’après les chiffres de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dont environ 40 milliards qui pèsent sur les entreprises. Un montant « colossal », selon l’économiste Eric Heyer, qui risque bien de se traduire, dans les semaines et les mois qui viennent, par des défaillances d’entreprises et d’inévitables plans sociaux.

« Pour l’instant, les entreprises sont portées par les mesures gouvernementales, résume Loïc Belleil, président du tribunal de commerce de Nantes. Mais la vague viendra dans les mois prochains. Elle touchera tous les secteurs, notamment les entreprises qui ont des contrats internationaux, qui se trouvent inévitablement fragilisés. » Ce temps de décalage s’explique aussi par les cycles de production, comme l’explique Jérôme Gernais, président de la chambre du commerce et de l’industrie de l’Indre :

« Il ne faut pas se laisser tromper par les entreprises qui ont continué à travailler durant ces deux mois de confinement : elles assuraient des commandes antérieures. Mais les carnets de commandes ne vont pas se remplir de sitôt, ça va être très long et c’est un problème mondial ».

Vendredi 22 mai, Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances n’a d’ailleurs rien caché. « Il y aura des faillites » et des « licenciements », a-t-il prévenu sur Europe 1.

Dans les cabinets de conseil spécialisés dans les redressements ou restructurations d’entreprises, ce constat est largement partagé. « Les dossiers que nous traitons actuellement sont plutôt des dossiers d’entreprises qui étaient en difficulté avant la crise et elles seraient tombées de toute façon, note Cédric Colaert, cofondateur du cabinet de conseil financier et opérationnel Eight Advisory. Mais la période qui vient va être fondamentale. » « Les vagues vont arriver en juin et septembre de façon cumulative, quand tous les dispositifs d’accompagnement tels que le chômage partiel seront éteints, prédit Arnaud Marion, spécialiste du management de crise. Le pic de tensions devrait être atteint en septembre-décembre, avec un étalement sur 2021. » S’ajoute une inquiétude sur le « mur de la dette », qui se dressera désormais sur le chemin de la reprise.

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